Si aujourd’hui il ne fonctionne plus, le cinéma de la Neuve-Lyre reste dans les mémoires des Lyrois qui avaient une dizaine ou une vingtaine d’années dans les années 1950. L’établissement qui répondait au nom de « L’Eden » était installé rue d’Alençon. Grâce à plusieurs témoignages, il est possible de se l’imaginer.
Il y a bien sûr la Risle mais qui sont les deux autres. Il est vrai qu'on ne voit pas où pourrait bien couler une rivière sur le petit territoire de la Neuve-Lyre en dehors de la Risle. Pourtant, les textes anciens évoquent deux petits cours d'eau. L'un s'appelle la Juigne et l'autre la Petite Rivière.
La Juigne ? J'avoue que celle-ci n'est remplie qu'en période de fortes précipitations. Pourtant, un texte de 1234 parle du « ruisseau de Juignes » et la carte IGN locale montre un mince filet bleu qui rejoint la Risle à la Neuve-Lyre. Il prend sa source aux environs de Saint-Antonin-de-Sommaire, à moins d'un kilomètres du point culminant du département de l'Eure. Situé à 248 mètres d'altitude, ce n'est pas le Mont-Blanc. La Juigne traverse ensuite la commune de Juignettes qui lui doit son nom, coupe les territoires des Botteraux puis de Bois-Normand. Le chemin de Grande Randonnée (GR 224) longe alors la vallée. Nous entrons ensuite sur la commune de la Neuve-Lyre. Le ruisseau contourne le château de la Chapelle et se jette (du moins quand il y a de l'eau) dans la Risle, à hauteur de Chagny. Au total, nous avons parcouru une petite dizaine de km.
Je ne vais pas parler du beau château de la Chapelle, installé à l'écart du village. Le monument qui va nous intéresser aujourd'hui est bien plus ancien puisqu'il remonte au Moyen-Âge. Situé dans le bourg, ce château est mal connu. Voici un bilan de nos connaissances actuelles.
La Vieille-Lyre avait son abbaye ; la Neuve-Lyre avait son château. Si vous connaissez bien le village, vous êtes sûrement en train de parcourir les rues dans votre tête à la recherche de ce site. Arrêtez-là car il ne subsiste rien de ce château. Il a totalement été arasé. Un plan de 1734 permet toutefois de deviner sa localisation : il s'étendait en partie à l'emplacement du cimetière actuel. Disons-le tout de suite, ce n'était pas un grand château-fort. Rien à voir avec Harcourt ou Château-Gaillard. La Neuve-Lyre appartenait à la catégorie de ces châteaux de terre et de bois qui pullulaient autrefois en Normandie. Les communes voisines de La Ferrière-sur-Risle, des Bottereaux, de Bois-Arnault et de la Barre-en-Ouche en présentent encore des vestiges. Ces petits châteaux n'avaient pas de rempart de pierre, ni de donjons. Ils étaient défendus par de larges fossés, des enceintes de terre et des palissades de bois. Parfois, une butte, sur laquelle on construisait une tour, dominait la fortification. D'où le nom de motte castrale ou féodale donné à ces châteaux.
L'histoire d'une commune rurale ne se limite pas à celle de son centre. L'histoire de la Vieille-Lyre ne se limite pas au village massé autour de l'église saint-Pierre. Étendue sur environ 1600 ha, la commune compte une nébuleuse de hameaux ou de lieux-dits (Trisay, Le Mesnil, le Haut-Bréau, Chalet, la Seigleterie, la Brumanière, la Bourgeraie...) qu'il serait dommage de ne pas aborder. D'autant plus qu'ils forment aujourd'hui la majorité de la population communale.
Tenez, commençons par une question : quel est le hameau le plus ancien de la Vieille-Lyre ? Il n'est pas facile de répondre car si les documents existent, ils sont parfois illisibles et qui plus est, en latin. La palme de l'ancienneté semble revenir à Trisay. Un très vieux texte - il remonte aux années 630 après J.-C. au temps du fameux roi Dagobert – ce texte évoque un lieu nommé Tritiacum que des érudits ont traduit en Trisay. Cela reste une hypothèse que je ne saurais confirmer ou infirmer.
C'est un monument phare de la commune. Elle se trouve en plein coeur du bourg, à proximité de l'église et de la place. Sa forme rappelle celle de Conches ou de Bernay. Une borne centrale, ornée de végétaux et d'enfants nus, supporte deux vasques superposées qui recueillent l'eau jaillissante du sommet du monument. L'ensemble paraît en fonte. Au sol, un bassin circulaire réceptionne le trop-plein d'eau. J'avoue que ma description contient une part d'imaginaire car cela fait plusieurs années, à ma connaissance, que la fontaine ne fonctionne plus. Le bassin et les vasques restent désespérément secs. Les restrictions d'eau et les coûts d'entretien des canalisations ont sûrement eu raison de ce spectacle aquatique qui ravissait autant les yeux que les oreilles. Fontaine, je ne boirai donc plus de ton eau.
Désormais, il n'y a plus aucun risque de vous faire mouiller lorsque vous vous approcherez de la fontaine. Vous pourrez donc à loisir observer la plaque posée à la base du monument sur laquelle est écrit : « offerte par Mr Émile Bourgeois à la commune de la Neuve-Lyre - 1902 ». La fontaine est donc une vieille dame de 106 ans. Son élévation coïncide avec l'un des plus grands événements de l'histoire lyroise : la création d'un réseau de distribution d'eau. À cette époque, dans les villages, on n'avait pas l'eau en tournant simplement un robinet ; il fallait aller la chercher. Les femmes et les enfants se ravitaillaient aux puits, recueillaient le contenu des citernes ou puisaient dans la Risle ou la mare. Mais la qualité du précieux liquide restait douteuse. Avec la création d'un réseau de distribution d'eau, les Lyrois purent s'approvisionner en eau potable à partir de différentes bornes fontaines disposées à travers le bourg. Les travaux d'installation transformèrent la Neuve-Lyre en chantier. D'abord, en 1900, on édifia un château d'eau, puis on installa des canalisations à travers le village pour amener l'eau jusqu'aux bornes-fontaines. D'une certaine manière, la Neuve-Lyre entrait dans la civilisation.