D'une période à l'autre
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| L'été 1944 |
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(extrait du livre) La monotonie des premières années de l’occupation laisse place à partir du 6 juin 1944 à une fiévreuse agitation. Les Alliés viennent de débarquer sur les plages de Normandie si bien que la guerre s’est soudainement rapprochée de la Vieille-Lyre. Dès lors, de longs convois allemands traversent régulièrement la commune pour se rendre sur les zones de combats. Quelques-uns s’arrêtent à la ferme de la Bourgeraie où habite la famille DORCHIES. Fréquemment un officier demande la direction de Caen : « où est Kann (sic) ? ». Le père de Paul DORCHIES leur répond pour les effrayer : « Attention, à Caen, beaucoup de bombes » tout en mimant du bras et de la main les projectiles qui tombent du ciel.
La Vieille-Lyre accueille des réfugiés fuyant les régions bombardées. La municipalité met à leur disposition la salle des fêtes. Le 7 août 1944, comme chaque jour, la jeune Francine DELPLANQUE leur apporte à boire et à manger. Un vrombissement de plus en plus proche se fait entendre : des bombardiers ! Les gens se réfugient dans la salle des fêtes. Soudain, une grosse explosion puis une autre font trembler le bâtiment et éclater les carreaux. On sort pour découvrir les dégâts. A l’extérieur, un nuage de poussière empêche de bien distinguer puis la réalité devient nette : les avions alliés ont lâché leurs bombes sur le bas de la rue saint-Pierre et sur les bâtiments près du moulin. On compte trois morts : l’épicier Raoul LANGLOIS, M. FOURNOT et un réfugié qui était avec lui. L’école des garçons est en ruine. La grand-mère de Denise DESSARTHE, Mme GALOPIN, voit sa maison entièrement détruite excepté un côté où justement elle se tenait lors du bombardement. Les Alliés cherchaient-ils à viser le carrefour de la place ? La Libération semble proche en ce mois d’août. La BBC relate les défaites et le recul inexorable de l’armée allemande. Les avions alliés survolent les Deux-Lyre pour aller bombarder des objectifs voisins : le dépôt de munitions caché dans la forêt près de Sainte-Anne et le camp d’aviation de Nagel. Les Lyrois voient refluer des fils de camions allemands. Un matin, peu après la mi-août, un soldat allemand crie dans les rues du bas de Lyre. Il ordonne aux habitants de quitter immédiatement leur maison. Inquiets, ils se dispersent dans les champs alentours. Quelques-uns n’ont même pas eu le temps de s’habiller et marchent en robe de chambre. Un bruit déchire soudain les tympans : les Allemands viennent d’exploser le pont. Il en sera de même pour tous les autres ouvrages sur la Risle. Les soldats de la Wehrmacht préparent leur fuite. Ils sont tendus et cette tension explique au moins en partie la tragédie qu’a connu la Vieille-Lyre la veille de la Libération. Deux jeunes Lyrois, Jacques BERMENT et Marcel BOUCHER, avaient été requis par l’occupant pour une corvée de transport à cheval jusqu’au bord de la Seine. Arrivés à destination, ils avaient dû laisser leur bêtes de trait aux Allemands et repartir chez eux à pied. Le 23 août, ils sont de retour à la Vieille-Lyre. Sans que l’on sache véritablement la raison, les Allemands les abattent. Ce même 23 août 1944, Gaston TRÉHARD découvre dans la cour de sa ferme de la Bosselette des Allemands en train de creuser sous ses pommiers : ils veulent installer des canons car les Alliés sont tout proches, à la Neuve-Lyre. Les Libérateurs viennent en effet d’y faire leur entrée. Pour l’occasion, le curé fait sonner les cloches de l’église saint-Gilles. Les habitants de la Neuve-Lyre sortent peu à peu de chez eux pour voir les Anglais. Mais pendant ce temps, les Allemands mettent en place des canons à la Bosselette et dans une ferme de la Seigleterie. En vérité, la résistance est plus formelle que réelle : juste le temps de tirer deux ou trois obus. Les Allemands fuient. Le lendemain, le 24, les premiers Anglais pénètrent dans la Vieille-Lyre. N’imaginons pas une Libération avec foule en délire, rassemblée le long de la route, défilé de chars alliés et fanfare. Les quelques jeeps anglaises entrent dans un village où les gens se terrent. Au Mesnil, ils semblent que les Libérateurs soient des Américains. Ils arrivent en char et commandent aux habitants de ne pas sortir de chez eux, craignant quelque soldat allemand embusqué. Ici aussi, la Libération s’effectue dans une atmosphère pesante. Les jours suivants, d’impressionnantes colonnes de jeeps, de camions et de chars alliés roulent sur la route d’Évreux, en direction de Conches. Les quatre années d’occupation sont terminées.
La place Flandres-Dunkerque où se trouvait l'école des garçons en août 1944 (collection Blanchet)
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